Au-delà du mal ---- Shane Stevens
En 1948, Sara Bishop accouche d'un garçon, Thomas, qu'elle
croit le produit du viol par le "bandit à la lampe rouge" Caryl
Chessman. La jeune femme fait passer l'enfant pour celui de son mari mais elle
n'aime plus les hommes qu'elle accuse de tous ses maux. Alors qu'il a 10 ans,
le jeune Thomas Bishop, martyrisé par sa mère, tue celle-ci. Il est placé en
institution psychiatrique d'où il n'aura jamais le droit de sortir. Quinze ans
plus tard, le jeune homme qui a appris à cacher ses sentiments s'échappe et va
semer la terreur et la mort à travers les Etats-Unis …
Ce roman policier est un peu "l'ancêtre" des romans spécialisés dans les tueurs en série. Il a été effectivement écrit et publié aux USA à la fin des années 1970 mais vient juste d'être traduit en France aux éditions Sonatine. Il était temps ! Surtout que l'auteur n'a écrit qu'un petit nombre de livres entre 1966 et 1981 et n'est donc pas très connu en France (d'où le peu de lecteurs français qui avaient déjà lu son roman directement en VO). Ayant peur d'être déçue malgré de très bons échos, ce pavé de plus de 750 pages fut finalement mon cadeau de Noël. Le début, qui s'appuie sur le violeur Caryl Chessman qui a vraiment existé, place tout de suite le ton : froid, neutre, détaché, sans parti pris. L'auteur ne met aucune émotion véritable dans la narration. On découvre l'enfance de Thomas Bishop et comment celle-ci va influer sur son psychisme, son évasion et sa cavale sanglante à travers le pays mais il ne faut pas s'imaginer que ce livre n'est qu'un compte-rendu gore de meurtres en tous genres. L'époque est aussi très importante et la politique, ainsi que les médias (et surtout la presse) représentent une part non négligeable de l'histoire. Le débat sur la peine de mort, les ambitions politiques d'un sénateur aux dents longues, la liberté de la presse et comment elle peut influencer sur une enquête ou sur l'opinion publique, Nixon et le Watergate, tous ces thèmes variés apparaissent dans les pages de façon plus ou moins régulière. D'ailleurs, les personnages sont assez nombreux et il pourrait être facile de s'y perdre si on ne prête pas trop d'attention à sa lecture. L'étude psychologique du tueur est aussi très intéressante et représente surtout la première moitié du livre alors que la seconde est plus dédiée à la traque. Mais qu'en est-il de mon impression ? J'ai beaucoup beaucoup aimé mais … Ben oui, il y a un tout petit mais ! A force de détachement, l'auteur n'a pas réussi à créer de liens entre les personnages et moi. Thomas Bishop aurait pu être fascinant mais il n'est qu'un tueur en série parmi tant d'autres, la quantité et la violence de ses actes ou sa folie ne créant pas pour autant un mythe. Quant à la fin qui pourrait être surprenante, ce n'est pas ainsi que je l'ai ressentie. L'auteur voulait terminer par une ultime pirouette que j'ai presque trouvée inutile car ce qu'elle nous révèle ne m'a paru que de faible intérêt. Sinon, à part ces deux petits bémols, cela reste un grand roman sur les tueurs en série, indispensable à lire si on aime le sujet et qui n'a pas pris une ride !