Le corps exquis ---- Poppy Z Brite
Andrew Compton est en prison depuis plusieurs années après avoir tué, entre 1977 et 1988, à Londres, 23 jeunes hommes qui ont été brièvement amants avec cet homme charismatique. Alors qu'il a 33 ans, qu'il est séropositif et qu'il est sans espoir d'être libéré un jour, il envisage, après avoir travaillé longuement sur le contrôle de ses fonctions vitales, de se faire passer pour mort dans le but de s'évader et son plan fonctionne à merveille. Andrew décide de fuir à l'étranger et le hasard l'amène à La Nouvelle-Orléans, où les bars gays sont légion. Et dans cette ville, un autre tueur, Jay Byrne, issu d'une riche famille locale, sévit parmi les jeunes hommes, les attirant chez lui avant de les droguer, les violer et découper leur corps dans le but de dévorer des morceaux …
Bon, si je ne vous ai pas déjà perdu jusque là, c'est que ce n'est pas le genre d'histoire qui vous fait peur ! Cet auteur américain (Poppy Z Brite est devenu Billy Martin il y a quelques années) a écrit plusieurs romans et nouvelles mais ce n'est que le deuxième que je lis de lui (le premier a été lu il y a peut-être quinze ans, bien avant ce blog). Ce titre fait partie d'une liste de livres cultes pour certaines communautés ou personnes (il est paru originellement en 1996) mais il faut quand même avouer que c'est une lecture spéciale et que ce n'est pas le genre de livre que tout le monde peut lire. L'auteur s'est inspiré du tueur en série Jeffrey Dahmer et d'ailleurs, une citation d'un journal le concernant, ouvre le livre. Mais cela ne se limite pas à ça : il y a des rebondissements qui ressemblent à des évènements ayant réellement eu lieu dans l'histoire de Dahmer et les tueurs, que ce soit Andrew ou Jay, ressemblent aussi à Dahmer à cause de leurs déviances et leurs façons d'appréhender les corps et de leur solitude et leur difficulté à se sentir intégrés dans la société. Mais ce qui m'a le plus intéressée, c'est la description du milieu gay dans les années 1980, avec l'arrivée du sida car plusieurs personnages de l'histoire en sont atteints à différents stades. La psychologie de ces protagonistes atteints de cette maladie méconnue et effrayante à l'époque est très bien décrite, on comprend ce qu'ils vivent et je les ai trouvés plutôt attachants. La solitude est omniprésente et les deux tueurs essaient de lutter contre elle en semant la mort autour d'eaux. Andrew, qui reste souvent froid et détaché, n'a pas suscité un quelconque sentiment de ma part … quant à Jay, il m'a paru plus pathétique qu'autre chose. Il y a des passages violents et aux descriptions pas piquées des vers qui ne m'ont pas vraiment dérangée car cela fait souvent partie de l'histoire mais je me suis quand même un peu demandé si certaines fois, leur présence n'était pas là pour choquer et faire parler du livre. Certaines scènes servent vraiment à faire avancer l'histoire mais d'autres m'ont semblé un peu inutiles et je n'ai pas trouvé qu'elles permettaient de mieux comprendre les deux tueurs. Du coup, j'ai trouvé certains passages racoleurs dans l'horreur (cela ne m'a pas dérangé outre mesure). Pour moi, ce ne sera pas un livre culte mais il est sûr que ce ne sera pas un livre qu'on oublie facilement (je vous rassure, je le lisais avant de me coucher et il ne m'a jamais empêchée de dormir ou provoqué des cauchemars). Quant à son intérêt, pour moi, il se situe essentiellement dans la vision du monde gay ravagé par le sida aux touts débuts de cette maladie, où les êtres sont en proie à la solitude dans un monde bien pensant qui les rejetent.