Shangri-La ---- Mathieu Bablet
Dans un futur très lointain, un homme seul sur une planète d'une lointaine galaxie tente de survivre en attendant d'être témoin d'un spectacle grandiose : la mort imminente du soleil qui l'éclaire. Un million d'années plus tard, la Terre est devenue inhabitable et les survivants de l'humanité se sont réfugiés dans une immense station spatiale contrôlée par Tianzhu Entreprises. La consommation est effrénée, les comportements orientés artificiellement par l'apparition de nouveaux produits ou par des effets de mode. Mais la station n'est pas seulement peuplée d'humains : parmi eux vivent des animoïdes, des animaux tels que chiens, chats et autres, qui ont été dotés de parole et qui sont devenus la nouvelle minorité. Scott est bien intégré dans cette société mais son frère Virgile et ses amis se posent beaucoup de questions au sujet de laboratoires externes qui ont tous subi des explosions étranges sur lesquelles Tianzhu leur a demandé d'enquêter …
Difficile de résumer le début de cette histoire tellement elle est riche et variée ! Cela faisait un petit moment que je n'avais pas lu d'album SF (je me demande si mon dernier essai n'avait pas été la série Aama qui m'avait laissée très perplexe) et si c'était la mode dans la BD des années 70-80 (de ma jeunesse donc !), je dois dire que ça m'attirait moins à présent. Mais avec une superbe couverture telle celle-ci et de bons échos, j'étais curieuse de voir ça. La taille de l'album donne aussi un beau format de dessin, même si je n'ai pas vraiment raffolé de la représentation des personnages, que j'ai trouvés un peu figés et souvent trop semblables (d'où quelques difficultés d'identification). Je n'ai pas non plus été totalement séduite par les couleurs, un petit peu trop foncées à mon goût. Par contre, j'ai apprécié les différentes atmosphères créées par les tons choisis et les décors soignés et détaillés m'ont beaucoup plu, surtout les représentations de l'espace. Le fait que le papier ne soit pas glacé a été aussi un plus pour moi (pas de reflet, c'est plus agréable à la lecture). Ça, c'est pour l'emballage … et maintenant, le contenu, l'histoire proprement dite ! J'ai été totalement conquise !!! Les personnages sont attachants malgré le manque d'émotion visible sur leurs visages et si beaucoup d'éléments ont déjà été utilisés dans d'autres histoires de SF (animaux parlant en passe d'être les égaux des humains, société de consommation à outrance, manipulation du peuple …), j'ai trouvé l'ensemble plutôt bien amené. On ne peut s'empêcher de penser à notre société actuelle, qui semble prendre le même chemin et certaines choses rappellent des marques existantes (je ne citerai personne). Peut-être qu'il y a un peu de répétition sur ce thème-là mais il me semble juste que cela représente la société de la station, qui croule sous les publicités et les incitations à consommer toujours plus. De même, les animoïdes, en tant que minorité, sont soumis à des persécutions régulières et là aussi, on peut rattacher cela à nos sociétés actuelles. Le récit dévoile peu à peu ce qui se passe dans les laboratoires mais aussi comment certains ont des idées de grandeur alors que d'autres prennent conscience des dérives et veulent changer les choses. Et pour faire avancer les choses et dénoncer les pires, l'auteur a concocté quelques scènes choc ! Quant à la fin, elle m'a laissée perplexe : j'en ai compris une partie sans problème (entre autres, comment relier l'homme solitaire du début avec le reste de l'histoire) mais pas tout. Du coup, avec mon homme, qui a eu le même problème, on a beaucoup discuté à ce sujet-là pour tenter de comprendre et on est arrivé à une conclusion qui se tient mais j'ignore si c'est ce que l'auteur voulait dire ! En tout cas, c'est une lecture prenante, remuante, qui pose des questions, qui dénonce et accuse et c'est un album que j'ai dévoré avec intérêt !