Moi, assassin ---- Antonio Altarriba et Keko
Pour le professeur Enrique Rodríguez Ramírez, enseignant à l'Université du Pays Basque, tuer n'est pas un crime mais un art, qu'il peaufine depuis plusieurs années. Au fil des congrès dans le cadre de son travail, il assassine au hasard mais il recherche toujours la perfection de la planification et de l'acte. C'est en se rendant à une conférence sur la représentation de la douleur dans l'art dont il est l'invité d'honneur qu'il égorge discrètement un homme en pleine rue, sans que quiconque s'en rende compte …
C'est une histoire assez difficile à résumer car son développement est plutôt lent et que le personnage principal réfléchit longuement sur l'action de tuer, sur les motivations qui poussent à l'acte, sur l'acte en lui-même et sa signification, tant au plan humain, psychologique et sociétal. Du coup, l'action n'est pas franchement effrénée et pourtant, le nombre de morts violentes sera assez substantiel au final ! Le graphisme noir et blanc, au contraste bien tranché, n'autorise qu'une seule couleur : les tâches de rouge qui, bien sûr, correspondent au sang versé et qui sautent bien aux yeux. Les traits sont assez épais mais les décors sont précis, détaillés et les personnages bien différentiés et quelquefois effrayants (il n'y a qu'à voir la couverture). Le dessin s'allie à merveille avec le sujet, donnant une atmosphère sombre, angoissante, pesante et un peu étrange. On se demande souvent vers où l'histoire va aller, si Enrique sera finalement découvert. Son personnage est peu sympathique car il est assez hautain et imbu de lui-même mais il a aussi un côté fascinant et attirant : il assume ses convictions et va jusqu'au bout de ses idées, malgré le danger. Les réflexions qu'il fait à propos du fait de tuer sonnent très juste et sont logiques. J'ai été d'accord avec plusieurs d'entre elles (entre autre, le fait que n'importe qui est un assassin en puissance) mais rassurez-vous, je n'ai envie de tuer personne ! C'est une histoire vraiment noire, avec des moments très durs, très violents, aussi bien visuellement que psychologiquement mais ce n'est pas surprenant … vu le titre, on sait à quoi s'attendre et je ne pense pas que ce soit le genre d'album qui attirera les âmes sensibles. Pour les autres, il y a une réflexion quasi philosophique sur l'acte de tuer un autre être humain mais il y a aussi du suspense et quelques rebondissements vers la fin de l'album. En tout cas, c'est le genre de lecture que j'aime car elle fait réfléchir et ne laisse pas indifférent, que ce soit dans un sens positif ou négatif ! Pour moi, ce fut positif car j'ai beaucoup apprécié l'originalité dans la façon d'aborder le sujet du serial killer.