Nellie Bly, dans l'antre de la folie ---- Virginie Ollagnier et Carole Maurel
New York, 1887. Nellie Bly, sous le nom d’emprunt de Nellie Brown, loue une chambre dans une pension pour femmes et affirme à toutes qu’elle cherche du travail mais qu’elle est lasse, qu’elle n’a jamais travaillé de sa vie et qu’elle trouve les travailleuses laides comme des folles d’un asile. Pourtant, Madame Caine, une autre locataire, la prend sous son aile et essaie de la protéger. Et quand Nellie commence à s’inquiéter parce qu’elle ne trouve pas ses « troncs », c’en est trop pour la logeuse qui appelle la police. Nellie est alors emmenée devant un juge qui demande une évaluation psychiatrique à l’asile de Blackwell. Mais ce que personne ne sait, c’est que Nellie est une journaliste qui doit faire un reportage sur les conditions de vie et le fonctionnement d’un asile new-yorkais …
Après avoir lu le livre de Nellie Bly, j’ai donc logiquement attaqué la lecture de son adaptation française en BD. J’étais déjà contente de voir les deux auteures qui s’étaient attelées à la tache car je les apprécie très souvent. J’ai donc retrouvé le trait moderne et réaliste de Carole Maurel, qui crée des personnages vivants et expressifs aux traits légèrement anguleux mais bien campés et différents. Les décors sont soignés et détaillés et les couleurs sont très agréables et bien adaptées aux différentes scènes. En plus, elle a réussi à exprimer visuellement le ressenti et les émotions de ces femmes, la folie qui atteint certaines et qui est représentée sous forme de « monstres » tentaculaires ou spectraux (entre autres). Le récit colle parfaitement au livre de Nellie Bly mais il y a en plus, des rappels de la vie de l’auteure : on y découvre son enfance, son voyage au Mexique, ses premiers pas dans le journalisme, qui n’apparaissent pas dans le récit d’origine mais qui permettent de mieux appréhender et comprendre cette femme très moderne pour son époque. Je trouve très intéressant d’avoir un support visuel pour amplifier la perception des conditions de vie des femmes dans ces asiles, même s’il me semble que cela reste encore un peu édulcoré ! Le seul bémol a été quand j’ai lu que Nellie cherchait ses « troncs » ! Vu que je venais de lire le récit en anglais, effectivement, elle cherchait ses « trunks » mais lors ma lecture en VO, j’ai compris qu’elle cherchait ses « malles » (ce qui paraissait logique vu qu’elle était censée être nouvellement arrivée en ville mais que cette recherche devenait une obsession frôlant la folie aux yeux des autorités !). Effectivement, trunk veut aussi dire tronc mais à aucun moment, je n’ai pensé à cette possibilité lors de ma découverte du récit de Nellie Bly (probablement que mes mois passés aux USA ont influé sur mon interprétation car trunk aux Etats-Unis veut dire coffre (de voiture) et malle (de voyage) et je peux dire que c’est un mot que j’ai utilisé des dizaines de fois !). Du coup, je ne sais pas si cette traduction (qui m’a donc paru bizarre) est voulue ou non ! A part ça, j’ai trouvé que c’était une adaptation très réussie, aussi bien au niveau de la narration que du graphisme !
L'avis de Mes échappées livresques.