Liens de sang ---- Damian Duffy et John Jennings d'après Octavia E. Butler
En juin 1976, Dana et Kevin viennent de s’installer dans leur nouvelle maison dans les environs de Los Angeles. Couple mixte, Dana étant noire et Kevin blanc, et tous les deux écrivains, ils vivent leur relation de façon naturelle malgré les difficultés qui ont émaillé leur passé. Mais le jour des 26 ans de Dana, la jeune femme est prise de vertiges et se retrouve, non plus dans sa maison à vider les cartons, mais au bord d’une rivière dans laquelle un garçonnet est en train de se noyer. Dana plonge immédiatement pour le sauver et y réussit mais découvre aussi un fusil pointé sur elle juste avant de revenir dans sa maison de Californie. Ne comprenant pas ce phénomène étrange, la jeune femme a peur de ne plus rien contrôler et effectivement, quelques jours plus, elle est à nouveau prise de vertiges et se retrouve dans la chambre du même jeune garçon, cette fois un peu plus vieux, et qui a mis le feu à ses rideaux. Et cette fois, son séjour va être plus long et lui permettre de découvrir qu’elle est dans une plantation du Maryland appartenant au père du garçon, que la guerre de Sécession n’a pas encore eu lieu et que le jeune maitre est en fait son ancêtre …
J’ai eu une impression un peu mitigée lors de cette lecture car il y a des choses que j’ai énormément aimées et d’autres qui ne m’ont pas convenu. Tout d’abord, je n’ai pas été très fan du style graphique, parfois un peu brouillon et qui ne m’a pas toujours facilité l’identification des personnages qui se ressemblent un peu trop à mon goût. Par contre, j’ai aimé le choix des couleurs et la différenciation entre les années 1970 et les années 1810 : comme la majorité de l’histoire se déroule dans le passé, cette partie du récit est colorée alors que les scènes du présent sont dans les tons rouge orangé. J’ai aussi eu un peu de difficulté à retenir tous les personnages car certains apparaissent trop peu souvent pour retenir leur nom et certaines transitions narratives ne m’ont pas paru fluides, comme si j’avais sauté une page alors que ce n’était pas le cas. Ce n’était pas réellement un problème pour comprendre l’histoire mais ça a quand même perturbé ma lecture. Sinon, pour le côté positif, j’ai adoré l’idée de ce voyage dans le temps très particulier qui permet de bien réfléchir à la condition de la population noire : d’abord esclaves et traités comme du bétail par des propriétaires blancs sans compassion, conditions de vie que Dana va découvrir durement et ensuite, l’évolution, malheureusement encore trop limitée, qui a permis à Dana d’épouser Kevin et de s’affirmer comme une femme noire libre, forte, indépendante et décidée. On voit alors à travers ses sauts dans le temps comme elle va essayer de comprendre le fonctionnement d’un monde esclavagiste et cruel, comment les personnes de l’époque se comportaient, et les choix restreints que la société du Sud des Etats-Unis permettaient pour évoluer. J’ai trouvé l’ensemble passionnant et humain, car rien n’est tout complètement tranché, le bien se mélange souvent avec le mal et il faut être courageux comme l’est Dana pour tenter de faire changer les choses, ne serait-ce qu’à petites doses. J’ai maintenant envie de découvrir le roman de cette grande dame de la science-fiction car je suis sûre qu’il sera encore mieux !