Une place au paradis ---- Thomas Mosdi et Pierre Lorenzi
Mélanie vit avec Romain et leur petite fille Lilou dans un appartement d’un petit immeuble, dans une petite ville de province. Leur rencontre avait paru magique à Mélanie mais le quotidien s’avère différent de ses attentes et ses espoirs : Romain s’est révélé coléreux, jaloux et violent, aussi bien verbalement que physiquement. Il contrôle les faits et gestes de Mélanie, qui n’a pas le droit de travailler et est limitée dans ses déplacements et son attitude se ressent sur le comportement de Lilou à l’école. La petite fille ne s’intègre pas bien et la directrice en parle à Mélanie, qui ne sait pas trop comment résoudre le problème, malgré les tentatives d’aide de sa voisine d’immeuble et d’un mystérieux inconnu qui ne cesse de lui prodiguer des conseils …
La couverture annonce tout de suite la couleur : les violences faites aux femmes dans le cadre familial. J’avais hésité mais en feuilletant l’album et en découvrant son superbe graphisme crayonné et réaliste, j’ai craqué. Il faut dire que le visuel, aux couleurs douces et pastel et son dessin soigné tout en étant moderne et dynamique, contraste énormément avec la gravité et la dureté du sujet. Je trouve que cette opposition fonctionne particulièrement bien en jouant sur le fait que les choses peuvent paraître très différentes de la réalité. Comme je suis sensible aux injustices et que je n’aime pas l’oppression et la domination que certains cherchent à exercer et aussi en tant que femme, je me suis tout de suite rangée du côté de Mélanie, même si j’ai toujours du mal à comprendre vraiment comment on peut s’obstiner à rester avec un homme violent et croire à chaque excuse qu’il fournit qu’il va changer alors qu’il est évident que ce ne sera jamais le cas. Et quand il y a un enfant dans l’équation, cela me paraît encore plus incompréhensible car il me semble qu’en tant que mère battue, j’aurais trop peur que la violence finisse par atteindre mon enfant et que cela me motiverait suffisamment pour partir. On comprend bien comment les hommes violents fonctionnent, isolant leur compagne de façon à ce qu’elle n’ait aucun moyen financier mais à notre époque actuelle, il me semble qu’on peut trouver de l’aide plus facilement, même si les moyens de lutte mis en place par les pouvoirs publics restent encore et toujours insuffisants. C’est d’ailleurs aussi un aspect abordé dans l’album et on voit comment les choses évoluent pour Mélanie, son parcours de réflexion, ses souvenirs d’un temps où tout semblait heureux et qui la maintient dans la relation. J’ai aimé la façon dont les auteurs ont présenté les choses, en expliquant sans être didactique, même si ma première réaction devant le dénouement a été de penser que, dans la réalité, il aurait pu être bien pire ! Mais c’est une lecture utile, voire même indispensable car elle peut aider à faire changer les comportements !