Sangoma : les damnés de Cape Town ---- Caryl Férey et Corentin Rouge
La famille de fermiers blancs Piernaar exploite un vignoble dans la région vinicole du Cap, en Afrique du Sud. Mais cette année, la sécheresse a été rude pour l’exploitation où la majorité des ouvriers sont noirs. Et quand un de ces ouvrier agricoles est retrouvé mort alors qu’un bébé a disparu dans le village rattaché à la ferme, le lieutenant Sam Shepperd est chargé de l’affaire. Mais ce dernier est plus intéressé par sa relation secrète avec la maitresse noire d’un leader du parti afrikaner d’extrême-droite qui est aussi la fille d’un ministre du parti de l’ANC au pouvoir. Mais sur fond de querelle politique avec des réformes envisagées pour le pays en pleine crise, Sam Shepperd va découvrir d’étranges choses, mêlant traditions africaines et anciennes croyances, sur le meurtre qu’il essaie d’élucider …
J’ai lu plusieurs romans de Caryl Férey mais cette fois, il ne s’agit pas d’une adaptation mais d’un scénario original qu’il a écrit spécialement pour le neuvième art. Et comme il connaît bien l’Afrique du Sud pour avoir visité le pays pour son roman Zulu (que je n’ai toujours pas lu d’ailleurs !), on peut donc s’attendre à un récit bien ancré dans la réalité de cette région (que je connais aussi un peu pour y être allée il y a quelques années). L’album a un format légèrement plus grand que la normale, qui permet au graphisme de bien profiter de cet espace supplémentaire. En plus, le dessin réaliste et la découpe assez classique donnent un côté cinématographique à l’ensemble, particulièrement dans les scènes d’action et de poursuites, qui apparaissent comme dynamiques. J’ai aussi apprécié les couleurs choisies, qui posent bien les différentes atmosphères (la ville avec ses quartiers riches d’un côté et ses townships pauvres de l’autre, la campagne avec la sécheresse omniprésente et la poussière). Comme souvent avec Caryl Férey, l’histoire associe fond historique, politique et contexte sociétal (et social) et enquête policière plus « traditionnelle » mais avec un petit aspect qui sort de l’ordinaire. Le récit est cohérent, prenant, intéressant et les personnages sont multidimensionnels et assez fouillés malgré le nombre relativement restreint de pages (seulement 150 pages et ça aurait facilement atteindre les 200 sans paraître lassant !). Pas un moment de repos lors de cette lecture donc et de quoi discuter et réfléchir ensuite ! Un duo efficace qui a produit un album très réussi !