La République du Crâne ---- Brugeas et Toulhoat
Mer des Caraïbes, juillet 1718. Le Capitaine Sylla et son équipage, à bord du Neptune, s’apprêtent à aborder un navire marchand anglais bien chargé. Cette prise est la bienvenue après trois semaines de disette et d’oisiveté. A son habitude et grâce à son charisme et son sens du discours, Sylla propose à l’équipage du brigantin capturé de rejoindre les rangs des pirates où ils seront traités comme des hommes libres et respectés. Ayant accepté avec enthousiasme, les marins se divisent alors entre les deux navires, le Neptune commandé par Sylla et le Fortune sous les ordres du second de Sylla, Olivier de Vannes. Le Fortune fait alors route vers le port de Providence pour écouler la cargaison mais rencontre sur sa route un navire négrier semblant abandonné mais qui a en fait été pris par les esclaves sous la direction de la reine Maryam, qui a été capturée sur la côte africaine en même temps que ses guerriers et qui est prête à rejoindre elle aussi les rangs des pirates …
J’avoue que je ne serais pas allée spontanément vers cet album s’il n’avait pas été sélectionné pour le club lecture BD de ma médiathèque. Dans ma tête, les histoires de pirates me ramenaient vers des albums des années 1970 avec Barbe-Rouge ou les albums jeunesse du style Le vieux Nick et Barbe-Noire, même si je sais qu’il y en a eu d’autres depuis et que j’en ai même lu certains ! Mais là, à feuilleter l’album, le style graphique me paraissait bien classique, même s’il y avait une petite touche de modernité donnant un certain dynamisme à l’ensemble. Et quand c’est trop classique, je n’accroche pas toujours d’où mes doutes (sans compter que je n’ai jamais été hyper fan des pirates, corsaires et autres flibustiers !). Mais les bons échos glanés ici et là m’ont convaincue de l’acheter ! La préface qui aborde le thème des pirates de façon moderne et politique a été plutôt bien accrocheuse et a forcément modifié ma lecture. J’ai eu un peu de mal à m’installer dans le dessin, même si j’appréciais bien la palette de couleurs utilisées, très lumineuses, et les superbes décors. Mais je m’y suis habituée peu à peu au point d’en oublier son classicisme. Les personnages sont nombreux et il faut aussi un certain temps pour les reconnaître et repérer les relations qu’ils ont entre eux mais là aussi, je m’y suis retrouvée (dans l’ensemble, ils sont tous plutôt reconnaissables). L’album prend aussi du temps à lire, car il y a pas mal de texte, de dialogues, ce qui permet de se repérer tranquillement dans ce milieu. Et les évènements s’enchainent, alternant action et moments plus calmes, instants de rébellion, de lutte mais aussi d’entraide, de solidarité, le tout rythmé par le besoin de liberté et de respect. J’ai trouvé très intéressant d’avoir placé un personnage féminin fort dans cette histoire qui, en général, est plutôt très masculine car cela permet d’attirer des gens comme moi, qui ne sont pas forcément attirés par le sujet et qui ont peur de ne pas s’y retrouver. En plus, les auteurs se sont inspirés d’une reine africaine ayant réellement existé pour bâtir le personnage de Maryam, ce qui est encore plus intéressant. On voit que le monde des pirates est régi par des lois mais qu’elles respectent l’humain, contrairement aux autres lois édictées par les pays où c’est surtout les puissants et l’argent qui en bénéficient. Cet aspect politique est subtil mais passionnant et le dossier en fin d’album apporte des compléments bienvenus au récit et lui donne une dimension supplémentaire. Au final, j’ai bien aimé cette lecture dépaysante qui dépoussière un sujet qui me paraissait peut-être un peu vieillot et qui le rend universel !