Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
La bibliothèque du dolmen
Publicité
Derniers commentaires
10 mars 2023

Nous étions les ennemis ---- George Takei, Steven Scott, Justin Eisinger et Harmony Becker

NousetionslesennemisGeorge Takei est né en 1937 de parents d’origine japonaise vivant à Los Angeles. Si son père est effectivement né au Japon et n’est arrivé aux Etats-Unis qu’adolescent, sa mère est née en Californie, mais a reçu une éducation traditionnelle au Japon pour éviter la ségrégation sévissant dans les écoles californiennes dans les années 1920. Vivant dans un quartier calme de la mégapole, ils tiennent tous les deux une blanchisserie et élèvent leurs trois enfants, George, l’ainé, son jeune frère Henry et Nancy Reiko, la petite dernière qui n’est encore qu’un bébé quand la guerre va bouleverser leur vie. L’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941 par les Japonais va entrainer les Etats-Unis dans le conflit et provoquer la peur parmi la population américaine qui voit alors tous les personnes d’origine japonaise comme des ennemis. Le gouvernement va alors instaurer des lois visant les droits de ces derniers jusqu’à finir par les enfermer dans des camps d’internement …

Après avoir lu l’excellent Quand l’empereur était un dieu de Julie Otsuka, je n’ignorais plus rien de cet épisode peu glorieux de l’Histoire des Etats-Unis. Mais avec cet album construit à partir des souvenirs et de l’histoire familiale de George Takei, le Sulu de Star Trek, on est plus dans le documentaire autobiographique. Bien sûr, le petit George est encore jeune quand l’attaque de Pearl Harbor a eu lieu mais ce qui a suivi a été néanmoins suffisamment traumatisant pour que George en soit marqué durablement. D’ailleurs, il ne s’en cache pas : il dit bien qu’il ne comprenait pas tout à l’époque mais ses sentiments sont justes et bien réels. On voit aussi comment il grandit dans les camps et commence à mieux appréhender la situation, tout en restant un enfant. Mais il y a aussi les souvenirs de son père, ce qu’il lui a raconté plus tard sur l’histoire familiale, sur leurs actions, tant individuelles que communautaires parmi les Américano-japonais. J’ai découvert que cet homme devenu célèbre grâce au cinéma et à la télévision a profité de sa renommée pour partager ce qui s’est passé à l’époque, pour faire réfléchir les gens qui assistent à ses conférences et pour prôner l’ouverture et la tolérance. Le graphisme est très japonisant : on croirait voir un peu un album de Jiro Tanigushi, avec un trait fin, un ensemble noir et blanc très réaliste, voire même quasiment photographique. C’est très soigné, très beau et très agréable à regarder et facile à suivre malgré les différents personnages assez nombreux. Le récit est à la fois intimiste et universel car on s’imagine que toutes les personnes d’origine japonaise vivant en Californie ont vécu et ressenti les mêmes choses que celles qu’on découvre au fil des pages. La réaction du gouvernement américain, même si elle pourrait paraitre logique, n’a pas de base réelle, ce qui est le signe de la paranoïa qui régnait à cette époque. On peut éventuellement et difficilement accepter certaines choses, mais il y a un moment où les instances en place ont franchi la ligne rouge en bafouant les droits humains sans aucune vergogne et en mettant les Americano-japonais dans des situations inextricables et inacceptables. J’ai aimé voir comment la vie s’organisait dans les camps d’internement et le fait que George est encore un enfant permet néanmoins une certaine légèreté dans le récit puisque les enfant peuvent parfois trouver du bon dans les situations les plus terribles. Je suis ressortie de cette lecture pleine d’admiration envers les parents de George Takei, qui ont eu un comportement exemplaire alors que les Etats-Unis montrent là un visage peu sympathique et bien loin de l’idéal de liberté et d’égalité qu’ils prônent. Même en connaissant le sujet, j’ai trouvé que c’était un album passionnant et humain, un hommage de George Takei à sa famille et on sent tout l’amour qui existait entre eux et qui leur a permis d’affronter cette sombre période de l’Histoire américaine !  

L'avis de Meséchappéeslivresques.

Publicité
Commentaires
La bibliothèque du dolmen
Publicité
La bibliothèque du dolmen
Publicité
Newsletter
Visiteurs
Depuis la création 377 735
Publicité
Publicité