LetheatredesrevesHier après-midi, à 18h, je suis allée à la conférence de l'auteur Bernard Foglino qui présentait son roman "Le théâtre des rêves" dans le cadre du prix Inter-Comités d'entreprise CEZAM 2007 (voir ma critique) . Ma médiathèque a été chanceuse cette année : elle est la seule en Bretagne à avoir reçu 3 auteurs en lice pour ce prix !

C'est le premier roman publié de cet écrivain (il en a écrit 2 autres et en termine un nouveau) et on sent qu'il n'est pas forcément très rôdé à l'exercice qui est de parler de son livre (il a déclaré lui-même avoir énormément de mal à en parler) et je le comprends tout à fait ! Mais il a été charmant et a été largement à la hauteur.

"Le théâtre des rêves" a été écrit il y a 2 ans environ et l'auteur, qui travaille dans le milieu de la finance mais dans un poste tourné néanmoins vers l'écriture (il rédige des études), a trouvé qu'il avait eu de la chance car la rédaction de son roman ne lui a pris au total qu'un an et demi. Effectivement, il n'est jamais très facile de concilier travail et écriture et Bernard Foglino nous a révélé qu'il écrivait en général le week-end, très tôt (à partir de 4 ou 5 heures du matin) car cela était plus tranquille et lui convenait bien (quel courage ! ce ne serait pas pour moi, qui suis une couche-tard ... en fait, je vais assez souvent au lit à l'heure où il se lève pour écrire !).

Pour ce roman, l'auteur s'est laissé porter par l'histoire, n'ayant pas fait de plan préalable (il avoue ne pas être très doué pour planifier ses histoires mais trouve néanmoins cette absence de plan un peu angoissante). Le fil conducteur s'est dessiné peu à peu lors de l'écriture et la conclusion s'est révélée assez soudainement à l'auteur (à son grand soulagement !) vers la moitié du livre. D'ailleurs, l'écrivain avait commencé à s'engager dans une autre voie à partir du chapitre 14 mais au bout d'une trentaine de pages, s'est aperçu que cela n'allait pas et a recommencé pour finalement aboutir à l'histoire publiée. C'est aussi le premier livre que Bernard Foglino écrit dans le souci d'une possible publication : son optique était d'intéresser un lecteur qu'on ne connait pas, de le distraire et il a trouvé parfois assez difficile d'avoir le recul nécessaire pour cela.

Conf_renceBernardFoglino1A l'origine du livre, l'auteur voulait parler du monde des collections et des collectionneurs. Un de ses amis collectionnant les petites voitures a entraîné Bernard Foglino dans les foires et les salons et l'écrivain a ainsi découvert un monde inconnu et très varié. Il a réalisé que beaucoup de personnes collectionnaient diverses choses (j'en fais partie et j'en connais beaucoup dans le même cas !) mais que peu de gens en parlaient et que peu de livres traitaient de ce sujet (excepté les livres spécialisés). Il a remarqué que les collectionneurs étaient souvent plus motivés par la recherche de l'objet plutôt que par la possession de celui-ci (vu qu'en général, l'objet convoité va être ensuite enfermé et non utilisé). Cette motivation de recherche sera finalement le thème principal du roman, construit sous la forme d'un pseudo-polar : le personnage principal sera à la recherche de ses origines, dans un monde absurde qu'il a du mal à comprendre et à apprivoiser. L'auteur a tenu à préciser que son livre n'était pas du tout auto-biographique mais qu'il était très intéressé par cette recherche des origines (d'ailleurs très à la mode quand on voit tous les généalogistes en herbe).

Les deux autres thèmes abordés en second plan dans le roman sont le football et la nostalgie des années 1970, que l'on peut voir fleurir dans les médias depuis quelques années (au niveau des musiques, de la mode ...). Le football, via les albums de vignettes de joueurs et de championnats, a d'ailleurs permis à l'auteur de faire la transition entre le monde des collections et les années 1970.

Les petites touches du roman abordant différents sujets comme la culture ou l'immigration sont venues naturellement sans que Bernard Foglino ait voulu particulièrement dénoncer certaines choses. Il ne porte pas de regard militant dans son livre et trouve d'ailleurs qu'un écrivain est plus le reflet d'une société qu'un acteur agissant dessus. Pour lui, ce n'est pas le rôle d'un auteur d'affirmer un projet dans un livre de fiction. Si celui-ci veut s'impliquer dans des actions, il ne peut le faire que par l'intermédiaire d'essais et de documents. De même, un auteur ne peut se raconter que de façon détournée. Forcément, certaines de ses expériences ou de ses impressions peuvent se retrouver dans un roman mais celui-ci ne sera pas forcément auto-biographique. L'acte d'écriture reste une libération pour l'écrivain, lui permettant de mener une histoire librement et d'utiliser un vocabulaire plus riche, plus travaillé, autre que les mots utilisés dans les conversations de tous les jours, le plus difficile étant de laisser la place à l'imagination du lecteur en lui suggérant plutôt qu'en lui décrivant tout en détail.

Les personnages principaux, Baptiste, Robert et Arnold, sont au nombre de trois, permettant ainsi d'avoir des variations suffisantes. Ils sont très importants, très construits et donnent l'impression que l'intrigue se greffe sur eux, qu'ils étaient là avant le roman. Bernard Foglino les avaient déjà pensés avant même de savoir ce qu'il allait écrire et effectivement, Baptiste est plus sujet de l'histoire qu'acteur de celle-ci. C'est elle qui le pousse en avant. Il subit plus qu'il ne fait, par lâcheté et se cache derrière l'humour et l'ironie pour se protéger du monde extérieur qu'il a du mal à comprendre. Le moteur du roman est assez sombre dans la deuxième moitié du livre mais l'humour aide à dédramatiser cependant l'écrivain n'a pas eu pour but premier de faire rire le lecteur, même si ce dernier peut trouver le roman jubilatoire tout au long de la lecture.

Le titre du livre a été choisi par l'éditeur dans une longue liste proposée par Bernard Foglino mais n'était pas le titre d'origine choisi par l'auteur. Pour ceux qui l'ignoreraient (comme moi, par exemple !), "Le théâtre des rêves" (Theatre of Dreams), hormis le fait que ce soit le nom d'un café dans le livre, est le surnom donné au stade de foot de la ville de Manchester, le Old Trafford Stadium.

Après avoir parlé de son livre, la discussion s'est portée sur les goûts de Bernard Foglino en matière de livres. Habituellement grand lecteur (il ne peut s'endormir sans avoir lu quelques pages), il lit peu lors de ses moments de rédaction pour éviter "l'effet contaminant" dans le style d'écriture. Ses auteurs favoris comptent Romain Gary et Marguerite Yourcenar. Mais son "monument littéraire" reste l'auteur américain Richard Brautigan avec les romans "Mémoires sauvés du vent" et "Un privé à Babylone". D'ailleurs, Foglino déclare que ce dernier titre l'a influencé lors de l'écriture du "Théâtre des rêves", de même que le film "Usual suspects".

Ses derniers coups de coeur littéraires sont "Comment va la douleur ?" de Pascal Garnier et "Courir dans les bois sans désemparer" de Sylvie Aymard (qui est aussi nominée pour le prix CEZAM). Côté polar, son coup de coeur va à "Nécropolis" d'Herbert Lieberman. Sa lecture du moment est "Survivant" de Chuck Palahniuk (voir ma critique) qu'il apprécie pour son originalité.

La rencontre s'est terminée par une séance de dédicaces.Conf_renceBernardFoglino2