LesinseparablesHenrietta Olyphant, 70 ans, vient de perdre son époux Harold il y a quelques mois et n'a pas encore terminé son deuil. Mais en plus de la tristesse d'être devenue veuve après avoir été très proche de son mari, elle doit aussi faire front à des problèmes financiers. C'est pourquoi elle a enfin accepté que son unique roman, « Les inséparables », soit réédité. Ce livre, écrit dans les années 1970, alors qu'elle était une universitaire féministe et une jeune maman, est devenu culte mais lui a valu beaucoup de critiques et une renommée dont elle se serait bien passée. Qui plus est, sa fille unique Oona, chirurgienne orthopédique, vient de se séparer de son mari Spencer et est venue habiter chez elle. Quant à sa petite fille Lydia, la jeune fille de quinze ans avait désiré finir sa scolarité lycéenne dans un pensionnat haut de gamme du Vermont mais, trahie par son petit ami, elle vient de découvrir qu'une photo d'elle dénudée circule parmi les élèves …

Après avoir découvert cet auteur avec Un été à Bluepoint, que j'avais bien aimé mais qui m'avait néanmoins un peu déçue (je m'attendais à autre chose), j'ai voulu savoir si mon coeur allait basculer d'un côté ou de l'autre avec ce nouveau titre. Là encore, il y est question de famille. On découvre Henrietta, la doyenne, qui voit sa vie bouleversée par la disparition de son mari et par des problèmes financiers. Il lui faut donc vider la maison familiale, bousculant les souvenirs qui y sont forcément associés mais aussi faire face à la réédition de son roman « Les inséparables », qu'elle considère comme un boulet qu'elle a trainé toute sa vie. Il faut dire que ce livre aborde le plaisir sexuel féminin et a donc fait couler beaucoup d'encre à l'époque de sa parution plus de quarante ans auparavant. Il y a aussi sa fille Oona, qui vient de se séparer de son époux, éternel adolescent incapable d'avoir un travail rémunérateur et accro au cannabis. Mais se retrouver seule après vingt ans de mariage, cela se révèle peu facile, surtout quand il est question de se replonger dans les relations homme-femme. Et puis, pour terminer, il y a Lydia, la fille adolescente d'Oona et Spencer, qui est tiraillée entre ses parents séparés depuis peu, et qui se retrouve, elle aussi, dans les problèmes jusqu'au cou car une photo d'elle dénudée qu'elle a prise dans les douches lui a été volée par son petit ami et circule parmi les élèves du pensionnat qu'elle fréquente. La jeune fille, pour qui s'était la première relation plus qu'amicale, se sent à la fois trahie et lynchée sur la place publique alors qu'elle n'y est pour rien. L'auteur nous décrit donc trois générations de femmes, chacune avec une histoire différente (le couple heureux d'Henrietta et Harold mais que la mort est venue briser, le couple en crise d'Oona et Spencer et l'embryon de couple de Lydia et Charlie ou devrais-je dire l'illusion d'un couple). Le vécu de ces trois femmes influence leur présent et on ressent bien aussi que les époques de la jeunesse de chacune a joué un rôle important et se révèle assez caractéristique (années 1970, liberté sexuelle et féminisme pour Henrietta, conséquences du féminisme avec plus de pouvoir et d'opportunités donnés aux femmes et difficultés des couples pour Oona et la superficialité des relations et la circulation mondiale de l'information via Internet pour Lydia). J'ai trouvé tout cela intéressant, touchant et bien mené. Il me semble qu'on peut facilement se retrouver un peu dans chacune des héroïnes. L'écriture est fluide et très agréable, les chapitres se focalisant tour à tour sur chacune des trois femmes (les hommes n'étant forcément jamais bien loin !). Il y a un peu d'humour mais il y a surtout aussi beaucoup de nostalgie car le deuil tient une place importante dans ce roman : deuil d'un époux, d'un père, d'un couple, d'une innocence adolescente … il y prend plein de formes et l'auteur a su montrer, de façon subtile, douce et attachante, les sentiments de ces femmes tout à la fois fortes et fragiles. Un bien joli roman !

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