LepremierhommeAutomne 1913. Alors que les pluies se déchainent sur la campagne de l’Est de l’Algérie, le petit Jacques Cormery nait d’une mère d’origine espagnole et d’un père d’origine alsacienne, dont les familles se sont installés dans le pays depuis plusieurs années. Mais Jacques ne connaitra jamais son père, mort à la guerre en 1914. Alors que Jacques a quarante ans et obtient un beau succès en librairie grâce à ses romans, il retourne voir sa mère restée en Algérie et c’est l’occasion pour lui de se rappeler son enfance : les jeux avec ses copains, la sévérité de sa grand-mère paternelle chez qui Jacques et sa mère vivaient, les difficultés financières, les sorties aves son oncle, ses études au lycée alors que sa grand-mère aurait préféré le voir travailler et ramener un peu d’argent à la maison, les difficultés d’élocution de sa mère, partiellement sourde, qui l’empêchait souvent de s’imposer devant la mère de son époux décédé et éventuellement de refaire sa vie …

Pas très facile de résumer cet album qui adapté le dernier roman, inachevé, d’Albert Camus, roman aux intonations très autobiographiques. Jacques Ferrandez a décidé de diviser l’histoire en grands chapitres bien signalés et définis abordant différents thèmes tels que l’amitié, les études, les relations familiales (particulièrement entre la mère et le fils), les relations de couple, la colonisation, la guerre, le tout en faisant des allers-retours dans le passé et le présent, quand Jacques a quarante ans et revient sur sa vie, son amour pour sa mère vieillissante et son attachament pour l’Algérie. On retrouve tout de suite le style graphique de Ferrandez : un trait simple mais réaliste et précis, des personnages expressifs, des décors détaillés et une luminosité des couleurs, qui plonge facilement le lecteur sous le soleil de l’Algérie. Les sentiments sont souvent esquissés, suggérés, faisant la part belle à la pudeur et la finesse de ton, empreinte de nostalgie. Je n’ai pas lu le roman de Camus donc je ne peux pas juger de la fidélité de l’adaptation mais la lecture de cet album m’a beaucoup plu car l’histoire, celle d’Albert Camus et de sa famille (même si cela n’est pas dit de façon explicite), est profondément humaine, ancrée dans l’Histoire de plusieurs pays et montre l’attachement qu’on peut avoir vis à vis de la terre qui nous a vu naitre et la puissance des relations familiales.