TalcdeverreRosângela semble être une femme comblée dans tous les domaines de la vie : elle travaille comme dentiste dans son propre cabinet florissant dans la ville de Niterói, près de Rio de Janeiro, elle est l’épouse de Mario, un cardiologue reconnu et très amoureux d’elle, elle est la mère de deux beaux enfants, une fille et un garçon, elle a une nouvelle et grosse voiture et leurs comptes bancaires sont bien garnis. Mais Rosângela doit recevoir en consultation sa cousine Daniele, une superbe jeune femme blonde qui vient d’un quartier populaire et qui est divorcé d’un mari violent, après avoir subi les colères d’un père alcoolique et qui a dû retourner vivre chez sa mère. Daniele, sans le savoir, fascine Rosângela, qui n’arrive pas à oublier son sourire éclatant et sa joie de vivre. Petit à petit, Rosângela va chambouler sa vie pour comprendre et se rapprocher de cet idéal de féminité joyeuse …

Je n’ai aucune idée de la raison du titre hormis le fait que le talc est censé être doux et le verre brisé totalement l’inverse ! Et c’est vrai que cette histoire mélange des choses opposées. Tout d’abord, il y a le statut social de Rosângela comparé à celui de sa cousine Daniele, qui sont aux antipodes, de même que leur niveau d’éducation et de culture. Et pourtant, Rosângela envie cette cousine que rien ne semble atteindre. Elle voudrait être comme elle mais ne sait pas comment faire. Deuxième album paru en France de cet auteur brésilien, j’avoue que j’ai eu énormément de mal au départ avec la narration et que je me suis même demandé si j’allais laisser tomber. Mais c’est vraiment exceptionnel que j’abandonne la lecture d’une BD. Donc je me suis accrochée et j’ai fini par m’habituer un peu à la façon dont l’auteur déroule son récit. Il y a une voix off omniprésente qui s’adresse au lecteur en l’interpellant mais j’ai trouvé que la façon de s’exprimer de cette voix, comme un observateur extérieur qui analyserait les sentiments et le ressenti de Rosângela, était particulièrement lourde, avec beaucoup de tatonnements, d’hésitations, de redites, une sensation de ne jamais nommer les choses, de tourner autour du pot … ça m’a vraiment très vite horripilée (il n’a fallu qu’une seule page !!!!!). Mais la fascination de Rosângela pour Daniele est intéressante et c’est effrayant de voir comment les choses évoluent, comment une chose insignifiante dans la vie de quelqu’un qui, visiblement s’ennuie et voudrait autre chose (mais quoi ?), peut prendre des proportions gigantesques. La plongée en enfer de Rosängela est volontaire bien qu’inconsciente mais je n’ai jamais eu pitié d’elle car j’ai trouvé qu’il y avait une absence de sentiments et tout semble axé sur le paraître et la superficialité, l’envie, la jalousie, l’ennui, le besoin artificiel de reconnaissance. Rosângela souffre indéniablement de problèmes psychologiques et l’auteur a réussi à construire un récit glauque mais fascinant de la dérive d’une femme qui a tout pour être heureuse mais qui est incapable de le savoir. Le graphisme noir et blanc aux traits fins ne m’a pas vraiment enthousiasmée : j’ai trouvé les personnages parfois bizarres (on dirait quelquefois qu’ils ont trop de dents par exemple) mais les décors sont plutôt sympathiques et dépaysants (vu que c’est le Brésil). Et il y a quelques scènes aux cadrages assez originaux et dynamiques. En fait, mon problème majeur avec le dessin se situe au niveau de la représentation des protagonistes qui ont tout à la fois un aspect réaliste et un côté décalé (qui est peut-être voulu vu l’histoire). Le dénouement m’a paru logique mais je n’étais pas sûre que cela allait tourner ainsi. Je ne regrette finalement pas d’avoir lu cet album, même si j’ai eu beaucoup de mal avec la voix off, pas mal de difficultés avec Rosângela qui m’a profondément agacée et un peu avec le dessin, car l’histoire se révèle passionnante et l’auteur a su nous plonger dans l’esprit tortueux et torturé d’une femme qui perd tout sens des réalités.