JaneJane a perdu très tôt ses parents qui travaillaient sur un bateau de pêche et elle est recueillie et élevée sa tante, qui habite non loin. Mais la fillette ne s’intègre pas dans sa nouvelle famille qui semble l’ignorer. En grandissant, elle ne pense qu’à partir et dès qu’elle le peut, elle quitte sa ville de Nouvelle-Angleterre pour travailler elle aussi sur un bateau de pêche, histoire de se faire un petit pécule avant de rejoindre New York où elle loue un cagibi à Hector, un styliste qui essaie de percer. La jeune femme espère pouvoir suivre des études d’art car elle adore le dessin mais malgré sa bourse, il lui faut aussi trouver un travail pour payer les factures. Elle répond à une annonce postée sur le campus universitaire et à son grand étonnement, elle est embauchée immédiatement. Le travail consiste à s’occuper d’une petite fille solitaire, Adèle, qui vit dans un immense appartement luxueux sur Manhattan en compagnie d’une vieille gouvernante alors que son père, le mystérieux Mr Rochester, est très souvent absent et semble virer de façon très régulière les nounous qu’il embauche …

Ayant très longtemps fait partie de la Brontë Society, je ne peux résister aux œuvres des sœurs Brontë et à toutes leurs adaptations, qu’elles soient cinématographiques ou autres. Cette fois, il s’agit d’une libre adaptation du roman de Charlotte Brontë, Jane Eyre, que j’ai lu maintes fois. Mais attention, ici, c’est vraiment très librement adapté … on passe en coup de vent sur l’enfance et l’adolescence de Jane pour la retrouver jeune adulte et prête à se lancer dans le monde new-yorkais. Elle va être embauchée comme nounou par Mr Rochester et celui-ci est bourru mais terriblement séduisant. C’est sûr que vu comme ça, ça paraît quand même assez similaire mais Jane est une jeune femme moderne beaucoup moins effacée que le personnage de Charlotte et Mr Rochester est aussi un peu différent ... mais je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher la découverte. Moi qui suis souvent très sévère dès que les adaptations s’éloignent un peu trop de l’original, j’ai néanmoins bien apprécié celle-ci car malgré les différences, on y retrouve la même atmosphère, avec un peu de mystère et beaucoup d’attirance entre Jane et Rochester. Le graphisme est moderne et dynamique mais aussi très américain : les personnages sont réalistes mais ont des traits anguleux, les caractères les caractérisant comme homme et femme sont accentués (Jane est très sexy, Rochester est une baraque au menton carré par exemple), les décors sont aussi réalistes et savent se faire oublier si nécessaire ou magnifier une scène au besoin. Les couleurs sont variées mais douces et le fait que les pages ne soient pas en papier glacé m’a bien plu (les couleurs sont moins agressives ainsi et il n’y a pas de problème de reflets). Par contre, le cadrage et la découpe en vignettes restent assez classiques alors que j’ai déjà vu des comics plus affirmés à ce niveau-là. Bien sûr, difficile de caser en 220 pages la totalité d’un tel roman et l’ensemble m’a parfois paru un peu précipité, les évènements et l’évolution des relations s’enchainant un peu trop rapidement à mon goût. Mais cela reste une chouette découverte et une bonne lecture … ce classique a été revisité de façon crédible et actuelle et s’est révélé être surprenant (vu qu’il ne suit pas complètement le roman !).