TrashedHEARTS2

 

 

 

J.B. vient d’arrêter ses études à l’université et est retourné vivre chez sa mère, qui ne compte pas voir le jeune homme trainer éternellement dans sa chambre en désordre perpétuel. Du coup, J.B. se voit obligé de postuler pour différents jobs et finit par décrocher un poste au service d’entretien de la petite ville de l’Ohio où il habite. Mais il s’avère que ce poste est celui d’éboueur, lui qui avait déjà du mal à gérer ses propres poubelles. Avec son ami Mike, embauché peu de temps après lui, les deux jeunes hommes vont découvrir les joies du métier : sacs percés, poubelles ayant macéré au soleil, sacs de couche-culottes, … sans oublier la rencontre régulière des habitants dont certains ont vraiment des habitudes bizarres. Tous les jours, sous un soleil de plomb ou dans un blizzard d’enfer, ils doivent ramasser les déchets de toute une communauté tout en respectant les demandes de leur supérieur, qui sortent parfois de la légalité …

J’avais adoré Mon ami Dahmer de ce même auteur et je ne pouvais résister à ce titre paru il y a déjà un moment. Encore une fois, l’auteur s’inspire de sa propre vie et de sa propre expérience pour raconter la vie quotidienne des éboueurs dans une petite ville du Middle West, ce qui n’est pas un sujet fréquemment abordé, il faut le dire. Derf Backderf a été lui-même éboueur pendant un an en 1979 et en avait tiré une histoire de cinquante pages qui avait permis de le révéler au public et aux critiques. Quand il a voulu reprendre le récit pour l’étoffer en 2010, il a dû rafraichir ses connaissances sur le sujet en faisant des visites régulières dans les déchetteries et dans les services d’entretien des villes et en se renseignant sur l’évolution des déchets et leur recyclage. Il a d’ailleurs été étonné de voir comment les choses avaient finalement peu évolué et a transformé son récit autobiographique en fiction (mais inspirée de faits réels … tous les cas décrits ayant été vécu par l’auteur). L’histoire est toute simple car on suit nos deux compères lors de leurs tournées quotidiennes de ramassage des ordures et il y a de grands moments. L’ensemble est traité avec beaucoup d’humour et j’ai souvent ri car leurs aventures ressemblent parfois à un croisement entre Laurel et Hardy, les Pieds Nickelés et les Marx Brothers, avec une bonne touche d’absurde. En plus, comme moi aussi, j’ai joué les éboueurs à l’arrière du camion dans ma jeunesse (mais beaucoup moins longtemps que l’auteur), j’ai reconnu certaines des situations : ramasser les ordures à la pelle devant la cuisine de la cantine (une cantine pour presque 2000 personnes), je l’ai fait ! Et à l’époque, les camions n’étaient pas équipés du mécanisme de soulevage des poubelles donc il fallait tout porter soi-même. Bon, forcément, il vaut mieux ne pas être facilement choqué (le langage est parfois cru) ou dégouté (par les ordures) pour lire cet album mais je trouve que les déchets d’une société sont assez représentatifs de celle-ci et j’ai trouvé que cette lecture permettait de réfléchir à ce qu’on jette et ce que cela devient. Il y a d’ailleurs quelques pages expliquant l’histoire du traitement de nos déchets, le fonctionnement d’une décharge ou bien celui d’un camion poubelle. Le graphisme est très reconnaissable car l’auteur a un style bien particulier, avec des personnages aux têtes légèrement démesurées et des corps longilignes. Quant aux décors, ils sont typiques d’une petite ville américaine, certains sont détaillés (voire même trop !) et d’autres plus simples. J’ai bien aimé le choix des tons bleus qui sont très apaisants. Je n’aurais jamais pensé que je prendrais autant de plaisir à lire un album parlant d’éboueurs mais j’ai vraiment passé un excellent moment en compagnie de ces courageux jeunes gens.

L'avis de Canel.